
Dans un décor qui n'est pas sans rappeler l'activité textile de la Vallée de la Nièvre,
Laurent Lapo, réalisateur des programmes diffusés ce 21 novembre à Saint-Ouen, dirige l'éclairage du plateau.
Soudain… Noir total. Coupure d’électricité… Rage de l’ingénieur du son : « Je mémorisais les programmes ! ». Nathalie, la monteuse sort de son studio improvisé dans les cuisines. On cherche la panne… Ca revient, enfin ! Mais moins d’une minute après, noir encore… Le cuisinier entre dans la salle : « Dès que je branche le lave-vaisselle, ça saute ! »
Les équipes de Canal Nord et de Tv 200 sont à pied d’œuvre pour monter en une après-midi le deuxième plateau TV participatif de cette aventure télévisuelle en Picardie.
Au fond de la salle, dans le cadre coloré du décor installé le matin, Vincent Aguano, directeur de production des programmes, s’est installé avec son Mac portable pour visionner les films qui seront présentés au public à partir de 19h.
Marine, réalisatrice, Pierre, réalisateur, Yannick dit « couteau suisse », Sébastien et Benoît, cadreurs, installent les chaises pour le public.
Un plateau TV s’improvise cette salle des fêtes de Saint Ouen, une des 6 communes qui accueille la TV « nomade » du Val de Nièvre.
Depuis une semaine, je les suis dans leurs pérégrinations sur le territoire : Pierre Verdez en tournage pour la fête du Beaujolais, Marine Lefebvre et Pierre Boutiller en entretien avec les anciens de Saint-Ouen. J’accompagne Anne-France Rouxel qui sillonne le village, ses commerçants, sa bibliothèque, sa mairie pour annoncer la soirée de diffusion de la semaine suivante, pour déposer des cartes d’invitation et des affiches, mobiliser les habitants, les inciter à assister et à participer à la diffusion publique.

Briefing avec Dominique qui tiendra le rôle d'animateur du plateau télé
Voici le parterre de la salle des fêtes jonché de chaises, prêtes à accueillir le public. Les « blondes » et les « mandarines » viennent réchauffer l’espace du plateau sous la direction de Laurent Lapo. Nathalie cherche parmi nous, où plutôt dans nos ordinateurs, un morceau de musique pour le générique de fin de l’émission, quelque chose de pas trop lent, juste ce qu’il faut d’enjoué…
La magie de la télévision locale se déroule sous nos yeux. Mais sans nul doute, c’est ce soir que nous aurons les plus belles surprises, quand les habitants de la vallée seront réunis pour assister à la diffusion du programme « Participer pour mieux résister».
Hier déjà, j’ai pu mesurer à quel point cette expérience de télévision participative interpelle les habitants. Les commerçants se prêtent au jeu d’annoncer l’événement dans leurs boutiques à la demande d’Anne-France, chargé de communication sur le projet. La mairie annonce la soirée de diffusion dans son bulletin. Nous sommes chaleureusement reçus au café, à la médiathèque, à la pharmacie. Le pharmacien, justement, a pris dix minutes sur son temps de travail pour s’intéresser au projet. Il finit par aller sur Internet, délaissant ses collègues pour taper « TV Val de Nièvre » sur son moteur de recherche et regarde les premières minutes de l’émission de la semaine dernière, en ligne sur le blog de la TV. Un accueil incroyable… « Je n’ai jamais vu ça de toute mon expérience » me confie Anne-France.
Ce matin, au cours des deux entretiens avec deux personnes âgées du village de Saint-Ouen, Marine et Pierre prennent le temps de la rencontre, de l’écoute. « Vous savez, nous dit Angèle, âgée de 80 ans, avant que nous la quittions, ce que ça me fait que vous soyez là, c’est que même sans beaucoup d’instruction, je vois que je peux m’exprimer… ». Une phrase qui en dit tant sur l’intérêt que porte la population à ce projet.

Un accueil chaleureux de la part des habitants pour le tournage de Pierre Boutiller et Marine Lefebvre
sur le thème "Enracinés, déracinés"
Ceux qui travaillent sur les questions de la mémoire et de la vie des anciens savent que ces personnes sont sensibles à l’intérêt que peuvent porter les nouvelles générations sur leur histoire, leur vécu, leurs sentiments.
Ici en Picardie, je retrouve dans cette expérimentation de télévision participative, la force du travail de terrain. Les équipes sont connues au bout de plusieurs semaines de repérage et de tournage dans la vallée. Elles sont accueillies chaleureusement. Les habitants se sont vus, entendus et exprimés au cours de la première soirée de diffusion publique et du débat qui a suivi. Cette proximité avec les habitants crée un climat de confiance tel, qu’ils ont envie de participer et qu’ils donnent beaucoup d’eux-mêmes dans les entretiens. « Je sais que ce que je dis ne sera pas transformé » nous confit Monsieur Langlais.
Ce soir, ce sont trois films réalisés par Laurent Lapo qui sont proposés au public : un reportage sur une entreprise locale d’économie solidaire installée dans les anciennes usines Saint-Frères de l’Etoile, un deuxième sur une compagnie locale de théâtre qui propose aux habitants d’être les acteurs des représentations, et enfin un sujet sur le club de foot crée par les Portugais immigrés dans l’après-guerre, lieu de rassemblement et de solidarité autant que de pratique sportive.Après chaque reportage, suivi des applaudissements de la salle comble, Dominique, écrivain local au verbe loquace, use de son humour comme de sa sensibilité pour animer le débat auprès des invités du plateau. C’est une première pour lui en tant que présentateur. Trois tables accueillent les protagonistes des films présentés. A tour de rôles, chacun prend le temps de la parole, venant confirmer ou questionner les sujets abordés par les reportages.
En fin de plateau, la parole est donnée à la salle. Et le public ne se prive pas, qui d’interpeller sur le chômage, l’inquiétude pour le devenir des jeunes, qui de faire part de son expérience en miroir à celle des intervenants du plateau…
« Et d’abord merci à cette télévision locale de nous proposer cette soirée… », commente un des intervenants du public.
Ce soir encore, le pari est gagné pour les équipes de Canal Nord et de TV 200. La parole a circulé, la magie des images a fonctionné, les gens se sentent reconnus, sont valorisés, et se sont exprimés.
Le verre de l’amitié vient clôturer la soirée. Deux caméra circulent dans le public pour recueillir leurs impressions. Anne-France recueille elle aussi la parole des gens à la sortie de la salle, à l’aide d’un questionnaire auquel quarante personnes répondront. Ce questionnaire proposé après chaque diffusion va servir à réaliser une étude d’impact de la télévision, destinée à la Région Picardie, sous la conduite de la Fédération Nationale des Vidéos des Pays et des Quartiers.

A l'issue du plateau, pendant le verre de l'amitié, Dominique et Marine recueillent les impressions du public

A la sortie de la salle, Anne-France, tout sourire, distribue des invitations pour le prochain plateau télé,
tandis qu'une famille présente ce soir, remplit le questionnaire destiné à l'étude d'impact réalisé par la FVDPQ
La Maison du peuple de Saint-Ouen a accueilli 140 personnes ce soir, deux fois plus que lors de la première diffusion. Le bouche-à-oreille y est pour beaucoup. Le travail de communication de terrain a également participé largement à ce succès. Et bien sûr, le regard respectueux et le talent des équipes de réalisation a porté ses fruits.
Pendant le repas qui s’éternise en fin de soirée pour les équipes de production, chacun échange ses impressions sur ce deuxième plateau. C’est un succès indéniable. La présence du public et sa participation en sont la preuve. Le débat aurait pu aller plus loin dans l’approfondissement des questions et des points de vue… Du temps est nécessaire afin d’interpeller plus en profondeur les acteurs du territoire, voire de déranger les idées reçues.
Il reste encore trois diffusions à réaliser avant le plateau de clôture de cette expérimentation, le 19 décembre prochain. Vincent, Pierre et Laurent songent déjà à ce final de trois heures, aux extraits des plateaux les plus significatifs qui devront le ponctuer, aux questions clés à approfondir, pour que le débat prenne encore plus d’ampleur et participe au développement du territoire.
