L’expérience de télévision temporaire en Val de Nièvre, soutenue par la Région Picardie et mise en place par deux adhérents de la FVDPQ, Canal Nord et TV Baie de Somme, me semble porter en germe la vocation première de la télévision : relier les gens.
Les acteurs de ce projet sont convaincus d’utiliser un outil au service de la population : leur travail ne consiste pas tant à faire de la télévision, mais comme le répète Vincent Aguano, coordinateur du projet, en réunion interne ou auprès des élus qu’il rencontre, « Pour nous, la télévision n’est qu’un prétexte ».
Les équipes de Canal Nord et de TV 200 ne partent pas de rien pour réaliser cette expérimentation. Depuis plus de vingt ans, ils proposent une télévision de proximité dans les quartiers nord d’Amiens et dans les quartiers HLM d’Abbeville. Ils s’appuient donc aujourd’hui sur une pratique éprouvée de la « télévision de médiation » entre les habitants et leurs élus, les associations, les entreprises, les institutions.
« La télévision ne donne pas la parole aux gens ! » martèle Laurent Lapo. Et c’est bien pour cette raison que les équipes de TV Val de Nièvre s’évertuent à donner tout le temps de la parole aux habitants qu’ils rencontrent, en s’immergeant pendant six semaines au cœur de ce micro-territoire de la région Picardie, usant de leur foi en l’image considérée comme outil de valorisation, d’expression et de débat entre les acteurs du territoire.
Pierre Boutiller qui a réalisé un documentaire sur le thème « Enracinés-déracinés » pour la cinquième émission de TV Val de Nièvre le 12 décembre 2008, remarque avec engouement, comment au fil des rencontres avec les habitants, ces derniers s’approprient le projet et y participent de leur propre initiative : « les gens sont plus riches que nous sur leur histoire, sur leur passé, ce n’est pas nous qui leur apprendront des choses…
Ils participent par leur parole, c’est-à-dire qu’on leur donne la possibilité de s’exprimer longuement. Ils participent également aux débats, aux retours quand on fait les discussions en salle. Ils se mettent parfois en scène eux-mêmes, ils nous montrent ce qu’ils ont envie de nous montrer ».
Laurent Lapo n’hésite pas à parler d’ « éthique de la réalisation » dans cette expérience de télévision locale. « Aller chercher la parole des habitants, ça ne veut rien dire, mais la parole de ceux qui font, de ceux qui sont au quotidien dans l’action. Rendre cette parole la plus intelligible. Oser l’émotion, rechercher ce qui fait la force de ces ouvriers et de ces ouvrières que j’ai rencontré.
Laurent a réalisé un film sur une filière de récupération de vêtements dans une entreprise d’économie solidaire et sociale implantée dans les anciennes usines Saints-Frères. « Au début du tournage, pour comprendre leur activité je suis allé voir le responsable de l’entreprise, et l’explication ne me satisfaisait pas. J’ai cherché d’autres personnes ressources, puis je me suis décidé à aller demander aux ouvriers. J’avais repéré une ouvrière, parce que quand je suis en immersion, je passe la journée avec eux, je mange avec eux… Et j’avais vu son regard, son discours avec les autres… Je me suis tourné vers elle, et en deux minutes elle m’a expliqué tout le fonctionnement de la filière ! Sa parole était la plus persuasive pour le spectateur. Et c’est elle qui tient le film. Quand les gens se sentent considérés, ils donnent une part de vérité. Les institutions, leur parole est surveillée par leurs mots. Ca ne fait pas vrai, même s’ils font semblant ! »
Pour amorcer ce travail d’immersion dans le territoire, Canal Nord et TV 200 ne pouvaient employer leur méthode de porte à porte, mise en place par des équipes de l'association Carmen dans les quartiers, pour sonder les problématiques rencontrées par les habitants. Le contexte rural du Val de Nièvre exigeait un repérage plus général qui a été confié à Marine Lefèbvre, reporter et fixeuse.
« Au départ, l’expérimentation n’aurait pas pu exister sans une découverte du terrain. Vincent Aguano m’a envoyé en première ligne. J’ai rencontré les acteurs principaux du territoire et puis bien sûr, de fil en aiguille, quand on rencontre une personne, elle a toujours d’autres personnes à nous conseiller, et comme ça, la pelote se démêle. Ce premier compte rendu a servi de base à l’élaboration des programmes.
Bien sûr il fallait l’approfondir. Mais je suis très impressionnée par la dimension participative qui se dessine presque malgré nous sur le terrain. A chaque fois qu’on est sur le terrain pour rencontrer des personnes sur un thème, ça suscite des rencontres, les gens ont souvent quelque chose ou quelqu’un à nous proposer en plus. C’est-à-dire qu’ils ne se contentent pas de répondre à nos questions. Ils s’engagent personnellement, ils ressentent le besoin de nous apporter des éléments complémentaires… Parce qu’on est à l’écoute de ça. Au lieu de venir avec une idée préconçue, et on filme et on s’en va, comme c’est le cas de la télé telle qu’elle se fait en général, là tout à coup les gens sentent qu’on est à l’écoute et nous proposent d‘autres personnes à rencontrer pour compléter ».
Autant dire que la télévision participative, dans sa démarche et son éthique, respecte la parole des gens, et que la confiance de la population n’en est que plus grande. « Les gens ne se sentent pas trahis dans leur parole » confirme Pierre Boutiller.
Les chiffres aussi le prouvent : la première diffusion a rassemblé 70 personnes, les suivantes ont réuni pas moins de 150 personnes, et 120 pour la troisième. « Les gens se sont déplacés !» confirme Vincent Aguano. « Les DVD en prêts dans les médiathèques sont très demandés ! ».
A la sortie des diffusions, nous demandons au public son avis sur cette télévision pas comme les autres. Les gens expriment leur vif intérêt pour ces plateaux débats qui exposent des problématiques locales et permettent aux acteurs de se rencontrer. Comme ce jeune lycéen, qui se dit surpris qu’une télévision s’installe dans la vallée : « je n’ai jamais entendu parler d’une TV en val de Nièvre, c’est pour ça que je suis venu aujourd’hui, et oui c’est un peu surprenant, parce que je pense qu’on ne s’occupe pas beaucoup de la vallée et maintenant on s’en occupe grâce à cette télévision. »
Un autre spectateur qui a assisté à chacune des diffusions pense que cette télévision « permet d’entendre les gens et de les écouter, de faire mieux connaître la vallée et mieux comprendre l’évolution des choses ».
Encore deux émissions à venir pour TV Val de Nièvre, dont la dernière le 19 décembre 2008, fera la place à « un grand débat » entre la population et les politiques, à propos de chaque thème abordés au cours des émissions précédentes.
Les acteurs de ce projet sont convaincus d’utiliser un outil au service de la population : leur travail ne consiste pas tant à faire de la télévision, mais comme le répète Vincent Aguano, coordinateur du projet, en réunion interne ou auprès des élus qu’il rencontre, « Pour nous, la télévision n’est qu’un prétexte ».
Les équipes de Canal Nord et de TV 200 ne partent pas de rien pour réaliser cette expérimentation. Depuis plus de vingt ans, ils proposent une télévision de proximité dans les quartiers nord d’Amiens et dans les quartiers HLM d’Abbeville. Ils s’appuient donc aujourd’hui sur une pratique éprouvée de la « télévision de médiation » entre les habitants et leurs élus, les associations, les entreprises, les institutions.
« La télévision ne donne pas la parole aux gens ! » martèle Laurent Lapo. Et c’est bien pour cette raison que les équipes de TV Val de Nièvre s’évertuent à donner tout le temps de la parole aux habitants qu’ils rencontrent, en s’immergeant pendant six semaines au cœur de ce micro-territoire de la région Picardie, usant de leur foi en l’image considérée comme outil de valorisation, d’expression et de débat entre les acteurs du territoire.
Pierre Boutiller qui a réalisé un documentaire sur le thème « Enracinés-déracinés » pour la cinquième émission de TV Val de Nièvre le 12 décembre 2008, remarque avec engouement, comment au fil des rencontres avec les habitants, ces derniers s’approprient le projet et y participent de leur propre initiative : « les gens sont plus riches que nous sur leur histoire, sur leur passé, ce n’est pas nous qui leur apprendront des choses…
Ils participent par leur parole, c’est-à-dire qu’on leur donne la possibilité de s’exprimer longuement. Ils participent également aux débats, aux retours quand on fait les discussions en salle. Ils se mettent parfois en scène eux-mêmes, ils nous montrent ce qu’ils ont envie de nous montrer ».
Laurent Lapo n’hésite pas à parler d’ « éthique de la réalisation » dans cette expérience de télévision locale. « Aller chercher la parole des habitants, ça ne veut rien dire, mais la parole de ceux qui font, de ceux qui sont au quotidien dans l’action. Rendre cette parole la plus intelligible. Oser l’émotion, rechercher ce qui fait la force de ces ouvriers et de ces ouvrières que j’ai rencontré.
Laurent a réalisé un film sur une filière de récupération de vêtements dans une entreprise d’économie solidaire et sociale implantée dans les anciennes usines Saints-Frères. « Au début du tournage, pour comprendre leur activité je suis allé voir le responsable de l’entreprise, et l’explication ne me satisfaisait pas. J’ai cherché d’autres personnes ressources, puis je me suis décidé à aller demander aux ouvriers. J’avais repéré une ouvrière, parce que quand je suis en immersion, je passe la journée avec eux, je mange avec eux… Et j’avais vu son regard, son discours avec les autres… Je me suis tourné vers elle, et en deux minutes elle m’a expliqué tout le fonctionnement de la filière ! Sa parole était la plus persuasive pour le spectateur. Et c’est elle qui tient le film. Quand les gens se sentent considérés, ils donnent une part de vérité. Les institutions, leur parole est surveillée par leurs mots. Ca ne fait pas vrai, même s’ils font semblant ! »
Pour amorcer ce travail d’immersion dans le territoire, Canal Nord et TV 200 ne pouvaient employer leur méthode de porte à porte, mise en place par des équipes de l'association Carmen dans les quartiers, pour sonder les problématiques rencontrées par les habitants. Le contexte rural du Val de Nièvre exigeait un repérage plus général qui a été confié à Marine Lefèbvre, reporter et fixeuse.
« Au départ, l’expérimentation n’aurait pas pu exister sans une découverte du terrain. Vincent Aguano m’a envoyé en première ligne. J’ai rencontré les acteurs principaux du territoire et puis bien sûr, de fil en aiguille, quand on rencontre une personne, elle a toujours d’autres personnes à nous conseiller, et comme ça, la pelote se démêle. Ce premier compte rendu a servi de base à l’élaboration des programmes.
Bien sûr il fallait l’approfondir. Mais je suis très impressionnée par la dimension participative qui se dessine presque malgré nous sur le terrain. A chaque fois qu’on est sur le terrain pour rencontrer des personnes sur un thème, ça suscite des rencontres, les gens ont souvent quelque chose ou quelqu’un à nous proposer en plus. C’est-à-dire qu’ils ne se contentent pas de répondre à nos questions. Ils s’engagent personnellement, ils ressentent le besoin de nous apporter des éléments complémentaires… Parce qu’on est à l’écoute de ça. Au lieu de venir avec une idée préconçue, et on filme et on s’en va, comme c’est le cas de la télé telle qu’elle se fait en général, là tout à coup les gens sentent qu’on est à l’écoute et nous proposent d‘autres personnes à rencontrer pour compléter ».
Autant dire que la télévision participative, dans sa démarche et son éthique, respecte la parole des gens, et que la confiance de la population n’en est que plus grande. « Les gens ne se sentent pas trahis dans leur parole » confirme Pierre Boutiller.
Les chiffres aussi le prouvent : la première diffusion a rassemblé 70 personnes, les suivantes ont réuni pas moins de 150 personnes, et 120 pour la troisième. « Les gens se sont déplacés !» confirme Vincent Aguano. « Les DVD en prêts dans les médiathèques sont très demandés ! ».
A la sortie des diffusions, nous demandons au public son avis sur cette télévision pas comme les autres. Les gens expriment leur vif intérêt pour ces plateaux débats qui exposent des problématiques locales et permettent aux acteurs de se rencontrer. Comme ce jeune lycéen, qui se dit surpris qu’une télévision s’installe dans la vallée : « je n’ai jamais entendu parler d’une TV en val de Nièvre, c’est pour ça que je suis venu aujourd’hui, et oui c’est un peu surprenant, parce que je pense qu’on ne s’occupe pas beaucoup de la vallée et maintenant on s’en occupe grâce à cette télévision. »
Un autre spectateur qui a assisté à chacune des diffusions pense que cette télévision « permet d’entendre les gens et de les écouter, de faire mieux connaître la vallée et mieux comprendre l’évolution des choses ».
Encore deux émissions à venir pour TV Val de Nièvre, dont la dernière le 19 décembre 2008, fera la place à « un grand débat » entre la population et les politiques, à propos de chaque thème abordés au cours des émissions précédentes.
