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 Télé Millevaches : un outil de réflexion sur le territoire

Entretien avec l’équipe

Note : 2.6/5 (17 notes)

 

Retour à Aix, après cinq jours passés dans l’équipe de TMV. Mais ce qui me vient c’est surtout cinq jours passés dans un pays, avec des gens qui y vivent et qui y travaillent, et la sensation d’avoir saisi d’un peu plus près le rôle d’une télévision associative au sein d’un territoire rural.

Je n’étais pas là pour les vingt ans de TMV, en 2006. Vingt ans de télévision… A l’écart des chemins balisés de l’audiovisuel national ou régional, en lien étroit avec un territoire et ses habitants. Quel rôle peut jouer un tel média ? Quel sens prennent ces images produites par des locaux, pour des locaux ?

Clara travaille à TMV depuis huit mois, après un passage à la chaîne Demain et surtout après plusieurs séjours au Québec et en Amérique du Sud. «Ici, je retrouve des lumières et des grandes étendues comme celles des Andes» me dit-elle.
Clara s’occupait de projets de développement local en Amérique du Sud. Quelque part, son travail sur le Plateau de Millevaches et cette expérience outre-Atlantique sont sensiblement liés…

Nous partons en tournage dans le Cantal, en dehors du Plateau donc, pour aller interroger des artisans et producteurs dont les produits bénéficient de la marque « PARC Naturel du Cantal ». Le PNR du Plateau de Millevaches souhaite mettre en place cette même démarche auprès des producteurs locaux et a missionné TMV pour réaliser un film de sensibilisation sur ce sujet, à partir de l’expérience des voisins. Nous rencontrerons un éleveur, un groupement de producteurs de viande Salers qui a créé une coopérative de découpe et de vente des produits de la marque « Parc », et un apiculteur dont le miel a également reçu la marque.

Sur le plateau de Millevaches, nous filmerons les propriétaires anglais d’une maison d’hôte et celui d’un Centre de vacances qui vont recevoir également la marque Parc pour leur qualité d’accueil.
TMV, dans ce projet de film soutenu par le PNR, a un rôle pédagogique et de médiation entre les acteurs locaux.
En valorisant l’expérience du Cantal, TMV participe à la mise en place de cette démarche en faveur de l’économie locale.
En interrogeant les propriétaires des lieux d’accueil du Plateau, la télé leur permet de communiquer à la fois les points forts de leur activité, et leurs besoins en termes de développement, ainsi que leur vision du partenariat avec le PNR.
Et les habitants dans tout ça ?
Il faut imaginer que ce film sera diffusé dans le cadre du magazine grâce aux points de dépôt, aux projections publiques, à la fenêtre sur la chaîne Demain et sur le site Web de TMV. Ce sont donc les habitants du Plateau et d’autres téléspectateurs et internautes qui seront sensibilisés à cette démarche de développement économique du territoire. Des habitants qui saisiront sans doute mieux le rôle du PNR, une institution souvent mal comprise sur le Plateau…D’ailleurs, Gérard, le nouveau directeur du Parc, fraîchement arrivé en juin dernier, a élu domicile à Faux-la-Montagne et compte bien développer le partenariat avec TMV pour mieux intégrer le PNR dans la vie locale.

Pendant notre reportage, Marina ne quitte plus ses bureaux situés dans la mairie de Faux-la-Montagne, affairée à organiser la diffusion du dernier magazine et à gérer l’administration de l’association.

L’équipe de TMV compte trois permanents : Marina chargée du développement des projets et de la diffusion des magazines, Clara, réalisatrice, et Stéphane, cadreur-monteur. Jacques qui a participé aux commencements de la télé est le « sage » de l’équipe, « celui à qui on s’adresse quand on ne sait pas » précise Clara.

Le plateau des 20 ans de Télé Millevaches - 2006

« On peut prendre une vraie place à TMV » explique Marina. « On peut s’investir. On réfléchit ensemble. Dans l’équipe, ce sont des gens qui font de la vidéo pour servir un objectif : créer du lien, montrer que ce territoire vit. TMV participe à créer ce sentiment d’appartenance à un territoire ».
« Ce sont des gens d’ici qui donnent la parole à des gens d’ici » renc
hérit Clara. On n’est pas en train de leur parler de l’Elysée, de gens qui ne sont pas de leur monde ! ».

TMV, média ou pas média ? Le lien avec le territoire et ses habitants est si fort, comme la démarche si différente des autres médias et l’objectif si éloigné de la communication de masse, que l’on est en droit de se poser la question. Mais peut-être TMV est-elle un véritable média, au sens noble du terme ?

Jacques me confie ses doutes et pose la question de l’évolution de TMV parmi la masse d’images qui circulent sur les écrans aujourd’hui. « Au début de TMV, on créait la surprise, la télévision était encore vue comme quelque chose de nouveau, de curieux, on n’était pas une télé parmi les autres… J’ai l’impression que l’abondance d’images a tué la force de cet outil ».
Pour Marina arrivée à Faux depuis 2 ans, « TMV est un outil de réflexion sur le territoire, un lieu de croisement d’idées, de projets, avec un œil bienveillant. Ca pourrait être du papier, de la radio, une structure d’accompagnement local… TMV, c’est un recenseur de ce qui se fait. On est complètement à l’écart des autres médias. Quand on nous invite à un salon des médias, j’ai l’impression que ce n’est pas notre place. On n’est pas un média au sens où ces gens-là l’entendent. »

Jeudi soir, nous partons avec Clara animer un atelier vidéo auprès des élèves de l’école forestière de Meymac. Jean-Christophe, enseignant, n’a pas invité TMV par hasard. Il suit la petite télé du plateau depuis ses débuts et en est un fervent spectateur et promoteur. « Je n’ai pas la télé chez moi, nous confie-il. Ce qui me plaît dans cette télé, c’est qu’elle nous montre des choses pas si éloignées de nous en y portant un regard attentif, en prenant le temps de s’y intéresser. »  Les soirées de projections  du magazine, organisées dans l’amphithéâtre, rassemblent une trentaine de personnes à chaque diffusion. C’est aussi l’opportunité pour ces habitants de se retrouver, de passer du temps ensemble, d’échanger.
« La convivialité de ces rendez-vous est fondamentale » explique Clara. C’est ça aussi TMV, un lieu de rencontre, un moment de vie commune. Les projections que nous organisons dans le bar « L’Auberge de Magnat l’Etrange » sont, sans doute, plus l’occasion de se rencontrer, de se lier, de sortir de
chez soi, que de regarder le magazine projeté sur grand écran dans une salle du bar. Ce soir-là, on prend l’apéro ensemble, offert par le bar, on partage un dîner préparé par un habitant dans les cuisines mises à disposition par le restaurateur, tout le monde est là, le maire compris ! ».

Télé Millevaches serait-elle un gros prétexte à vivre ensemble ? Une invention pour remplacer les soirées à casser les noix que choyaient nos grands et arrières grands-parents ?

Pour Marina, « les gens vivent en regardant le monde qui les entoure, notamment en regardant la télé, et en ayant peu de regard critique sur ces images. Tout ça fait qu’on ne s’approprie pas nos vies. Pourtant, on n’est pas obligé de subir le regard des autres médias ».

Finalement, on en revient à la formule célèbre du « faire avec ». Car la force de TMV, c’est qu’elle peut faire de la télévision avec les habitants.

« A TMV, conclut Marina, comme on connaît les gens, c’est plus facile d’être dans le juste. Et pour les habitants, c’est plus simple de se réapproprier les choses qui se disent sur soi, de pouvoir exprimer des idées, de les reformuler”.

“TMV aide à construire l’avenir de ce territoire. Les idées formulées à la caméra de TMV tombent dans le chapeau de la personne qui va concrétiser les choses. Je pense qu’on montre un faible pourcentage de ce qui se fait sur le territoire. On pourrait aller plus loin pour que plus de gens s’approprient la chose. Mais c’est aussi une question de moyens… ».

A voir le nouveau site web de TV Millevaches : www.telemillevaches.net
avec ses derniers magazines en ligne.