Créer une TV participative

La construction du projet

Une télévision participative naît autour d’un projet qui se construit en interaction entre le groupe de départ, qui va porter le projet, et les habitants d’un territoire. C’est en parlant du projet aux habitants et aux acteurs qu’ils vont pouvoir l’élaborer peu à peu en rassemblant un réseau autour des problématiques du territoire. Le projet se cristallise ensuite : montage juridique, recherche de financements, formation d’une équipe permanente, développement de compétences et achat de matériel adapté, consolidation du réseau.

Forme juridique : Les télévisions qui ont démarré dans le cadre d’une structure préexistante ont rapidement besoin d’une personnalité juridique autonome pour pouvoir fonctionner. Le plus souvent, la forme choisie est celle de l’association, mais d’autres sont possibles, comme la SCIC, qui permet d’associer des individus et des institutions.

Ci-après, les 6 étapes de la création d'une télévision particiaptive. Pour plus d'information, voir le Guide de la télévision participative en milieu rural, édité par la FVDPQ en 2008.

Plateau

Un plateau TV à Aldudarrak Bideo en 2008, dans un décor de choix...

Etape 1 - Recherche de financements

Elle implique une bonne connaissance des institutions, notamment des collectivités locales, et de la manière de contractualiser avec elles. Il est nécessaire qu’un responsable, bénévole ou salarié, prenne en charge cette recherche qui demande un suivi régulier.

Cette recherche est également l’occasion de faire connaître le projet à ces institutions et donc de renforcer les liens avec le territoire. La réalisation de prestations pour des associations, tout en apportant des ressources propres, est aussi un moyen de renforcer les liens et de contribuer au développement local.

Etape 2 - Formation d’une équipe permanente

Elle se constitue au cours des actions menées, suivant l’investissement des bénévoles, et se renforce par l’embauche de salariés quand l’activité devient régulière (voir dans le Guide le chapitre sur le fonctionnement participatif). Pour le projet participatif, la formation est une pratique constante, le développement de compétences et l’achat de matériel adapté vont de pair (voir dans le Guide le chapitre sur la transmission des connaissances).

Formation des bénévoles sur le car régie d'Aldudarrak bidéo - Séminaire 2009 des VDPQ

 

Enfin, c’est par l’analyse des problématiques du territoire et par l’établissement de relations fortes avec les habitants que le projet de la télévision participative prend tout son sens et permet le choix de pratiques adaptées. L’entretien d’un réseau, par l’organisation de rencontres, d’évènements, de relais de diffusion, de permanences qui rendent la télévision accessible et font connaître le projet, est une préoccupation constante.

Etape 3 - La ligne éditoriale

Elle précise les orientations qui président au choix des programmes et des sujets, ainsi que la manière dont les habitants du territoire vont y être associés. Comme ces sujets veulent refléter le territoire, il s’agit d’abord de mettre en place des moyens permettant de le connaître.

Si c’est l’équipe des permanents de la télévision, salariés et bénévoles, qui choisit les sujets, un comité de rédaction se réunit ; toutefois, ce comité pourra s’interroger sur la pertinence des sujets choisis : correspondent-ils bien aux préoccupations des habitants, aux problématiques du territoire ?

D’où la recherche de moyens pour mieux les connaître : ce peut être par la pratique du porte à porte, où l’équipe va à la rencontre des habitants ou bien par la mise en place de rédacteurs décentralisés ou correspondants locaux, capables de recueillir des informations et d’identifier des sujets, et de les faire parvenir à la télévision.

Le moyen privilégié est d’organiser des réunions ouvertes pour accueillir les habitants qui apportent leurs idées, leurs préoccupations, leurs intérêts. Ces réunions peuvent être organisées au siège de l’association, ou se déplacer de commune en commune sur le pays. Dans tous les cas, l’important est d’abord de faciliter l’accès de la télévision aux habitants et de les associer au choix des sujets, puis de les aider à travailler ces sujets, pour en préciser le sens et les limites. C’est déjà l’un des aspects formateurs de la télévision participative.

Enfin, l’indépendance éditoriale est préservée par la pluralité des ressources qui permet de ne pas dépendre des subventions d’une seule collectivité territoriale.

Etape 4 - Les programmes

La question des programmes est étroitement liée à la ligne éditoriale de chaque télévision participative et à l’objectif de mise en valeur du territoire concerné et de ses habitants. Il ne s’agit pas en effet de «faire participer» les habitants en leur demandant d’exprimer par oui ou non leur assentiment sur un sujet, ou en les invitant comme spectateurs du débat, mais de construire avec eux une image cohérente et dynamique de leur pays.

Il s’agit donc d’une démarche totalement différente de celle d’une télévision classique qui ne donne finalement à voir qu’un modèle de civilisation à la fois éclaté et édulcoré. Là, il faut au contraire souligner les différences. Cela oriente donc les sujets vers le développement local, les expériences émergentes, les débats de société et la mise en valeur du patrimoine.

Régie multicam à O2Zone TV - Salon de Provence

Les télévision participatives se sont parfois obligées à suivre plus ou moins une grille classique de programmes afin de ne pas perturber complètement le public. À la demande récurrente d’être plus informatives sur les événements locaux et leurs liens avec les autres médias, elles peuvent disposer maintenant des réponses offertes par Internet. En construisant leur site, elles ont maintenant des possibilités d’espace et une vitrine qu’un magazine, conçu dans un temps contraint, ne pouvait leur offrir.

Elles sont souvent perçues comme un lieu ressource de la mémoire locale. Il s’agit alors de savoir comment gérer au mieux ce patrimoine d’images et de le valoriser dans le respect de tous. Il y a des liens à trouver et à construire avec les lieux officiels en charge des archives locales pour en imaginer ensuite l’exploitation.

Enfin, elles ne doivent pas non plus devenir «nombriliques» et «égocentrées». C’est pourquoi elles développent depuis toujours des échanges de programmes avec les autres télévision de la Fédération, des médias libres et de l’étranger : Télévision Yaka au Burkina Faso, festival slovaque de Golden Beggar, en Allemagne, au Québec, en Espagne...

Il leur faut donc jongler avec ces différentes contraintes tout en maintenant cet idéal de démocratie participative et d’outil de développement du territoire qui reste leur fondement premier.

Etape 5 - La démarche de réalisation

Comment associer des bénévoles à la réalisation ?

Pour certaines télévisions, l’implication des bénévoles n’est pas requise au delà de l’apport de sujets, l’équipe de professionnels de la télévision se chargeant de la réalisation. Pour d’autres, la participation signifie que les habitants réalisent eux-mêmes, ce qui implique qu’ils soient initiés aux tâches techniques et en prennent leur part, les salariés apportant formation et assistance. En effet, les sujets apportés doivent pouvoir aboutir à de véritables émissions de qualité. Pour cela, les permanents de la télévision, salariés ou bénévoles ayant de l’expérience, encadrent et forment les nouveaux arrivants à l’écriture, au tournage, au montage.

Les deux animatrices en herbe du Duplex Aix-barcelonne - Mai 2013

Cette participation à la réalisation peut prendre une ampleur variable suivant les structures : voir dans le Guide des télévisions partciipatives en milieu rural, l’exemple de Kanaldude qui a construit sa production de programmes sur une pratique élargie de la participation des bénévoles.

C’est par la participation à la réalisation que les habitants vont pouvoir changer leur façon de communiquer : en creusant les sujets, en préparant les débats et donc en en débattant entre eux, en démystifiant la technique, en débloquant la créativité, la réalisation les amène à s’adresser à autrui pour faire partager leur vision du territoire.

Etape 6 - La diffusion

La diffusion n’est pas considérée comme la finalité des télévisions participatives. C’est la production, et tous les mécanismes sociaux qu’elle entraîne dans le cadre participatif, qui constitue leur finalité.

Cependant, la diffusion reste un élément fondamental des problématiques de ces télévisions. Elle reste la justification ultime, la finalité sans laquelle la production n’aura pas beaucoup de sens aux yeux de ceux qui la font. Elle reste pour les bénévoles un moyen de motivation essentiel : les émissions réalisées sont destinées à être montrées. Là aussi, la spécificité de la télévision participative amène des pratiques originales.

Diffusion publique de TV Dimbali,

la télé participative des Eclaireuses et Eclaireurs de France

(EEDF - Scouts laïcs), devant l'hôtel de ville de Paris en 2008

La FVDPQ accompagne les EEDF depuis 2007

Par définition, les habitants du territoire sont les premiers concernés par les émissions produites; car c’est aux débats locaux que la télévision veut apporter sa contribution. C’est ainsi qu’elle participe à changer les représentations que les habitants se font d’eux-mêmes et de leur territoire.

L’aire de diffusion correspond donc aux limites du territoire. Ce qui pouvait paraître lié aux contraintes techniques des moyens utilisés apparaît, aujourd’hui que la diffusion par Internet se généralise, comme un enjeu important qui amène à réfléchir sur la façon de conserver ce lien avec le territoire. Sur cette problématique, les réponses des télévisions varient. Le débat reste ouvert et se repose à nouveau à l’apparition de chaque nouvelle technique.

La télévision de nos jours se regarde chacun chez soi. Au contraire, la télévision participative veut faire de son visionnage une occasion de rencontres et d’échanges, en maintenant la pratique des visionnages collectifs. En effet, c’est le moment privilégié où les habitants du territoire peuvent se retrouver et ouvrir des discussions à partir des reportages. C’est aussi la rencontre entre ceux qui ont réalisé et ceux qui regardent. Dans cette réception, les participants de l’émission comprennent la distance entre diffuseur et receveur et prennent conscience de l’importance de l’interaction entre forme et contenu. Organisées dans des lieux publics, -écoles, cafés, locaux associatifs-, ou même parfois chez des particuliers, ces diffusions sont aussi des événements réguliers où les gens se retrouvent et débattent ; c’est là que, en montrant les productions réalisées, on suscite l’envie d’y participer.

Une modalité de participation mise au point par Télé Millevaches consiste ainsi à associer la population du territoire à la diffusion : chaque mois, la cassette (maintenant le DVD) du magazine est envoyée à des relais (un ou plusieurs par commune) ; là, soit il est montré lors d’une projection collective, soit il est prêté gratuitement à ceux qui en font la demande. Ces relais peuvent être des médiathèques, des écoles, des commerces, des locaux associatifs, ou des particuliers. Ce sont les responsables des relais, souvent bénévoles, qui organisent eux-mêmes l’annonce, le prêt et la diffusion collective.